coopération entre médecine globale et alternative

Thierry Janssen : "Il est urgent que toutes les médecines coopèrent"

Thierry Janssen : « Il est urgent que toutes les médecines coopèrent »

Chirurgien durant treize ans, Thierry Janssen a jeté les gants et est aujourd’hui psychothérapeute. Nous avons demandé à cet ardent défenseur d’un rapprochement intégratif entre les médecines – conventionnelle et non conventionnelles – de faire le point sur la situation en France.

Propos recueillis par Patricia Salmon-Tirard

Psychologies : Vous êtes l’un des premiers, avec le neuropsychiatre David Servan-Schreiber, à avoir encouragé l’association des médecines conventionnelle et non conventionnelles. Qu’est-ce qui vous a convaincu ?Thierry Janssen : La médecine que j’ai apprise à l’université s’est développée à partir d’une vision réductrice et matérialiste de la réalité. Elle est un produit de la pensée occidentale, qui morcelle et analyse la réalité dans ses moindres détails. Cette manière de penser remonte à la Grèce classique et a été revalorisée au siècle des Lumières, lorsque les philosophes ont postulé que l’être humain était en dehors et au-dessus de la nature, devant utiliser son intelligence pour la dominer. La science analytique a effectivement permis d’échapper à certaines de ses lois, telle que la gravité ; cela nous a permis d’aller sur la Lune. En médecine, elle est à l’origine de grands progrès, en particulier ceux de la chirurgie, qui répare les corps mal formés, cassés et usés, ainsi que la lutte contre les infections, avec les mesures d’hygiène, les antibiotiques et les vaccins. Cela a permis à un plus grand nombre de gens de vivre plus longtemps.

Mais il existe aussi des maladies, souvent chroniques, dues à l’usure et aux mauvaises conditions de vie, pour lesquelles cette médecine a peu de remèdes vraiment efficaces. Elle calme les symptômes avec des antidouleurs et des anti-inflammatoires, mais elle agit peu sur les causes profondes du mal. Et lorsqu’elle le fait, c’est, la plupart du temps, une fois que la maladie est déjà installée, rarement en prévention. Les médecines non conventionnelles, pour la plupart très anciennes, ont gardé une vision d’ensemble. Pour elles, l’être humain est un être multidimensionnel que l’on ne peut pas soigner comme un corps-objet, mais bien comme un corps-sujet : un corps qui pense, qui éprouve des émotions, qui a une psychologie, qui est en lien avec les autres et qui est influencé par l’environnement dans lequel il vit. Voilà pourquoi il m’a paru utile de m’intéresser à ces autres médecines. Non pas pour qu’elles remplacent la médecine scientifique, mais pour qu’elles l’enrichissent d’une philosophie plus respectueuse de ce qui fait la vitalité et la bonne santé.

Alternatives, complémentaires, non conventionnelles… On s’y perd un peu. Comment appeler ces approches aujourd’hui ?T.J. : Il existe un consensus international pour les appeler « médecines non conventionnelles ». On parle aussi de « médecines complémentaires » et, parfois, « alternatives ». Il ne faudrait en tout cas plus jamais parler de « médecines parallèles », car cela sous-entend qu’elles ne pourront jamais converger au sein de ce que l’Organisation mondiale de la santé préconise : une « médecine intégrative ». Ne parlons pas non plus de « médecines douces », car bon nombre de ces traitements ne sont pas doux du tout !

On parle beaucoup de médecine intégrative, mais de quoi s’agit-il précisément ?T.J. : Aux États-Unis, on parle déjà d’une « médecine intégrée ». C’est une médecine qui utilise le meilleur des approches conventionnelle et non conventionnelles au service des patients. Ceux-ci sont alors soignés dans toutes leurs dimensions. La science commence à le prouver : nous sommes des individus indivisibles ; notre corps fait des expériences qui génèrent des émotions, qui deviennent des pensées ; et, en retour, nos pensées font naître des émotions, qui ont des répercussions sur le fonctionnement neurologique, hormonal et immunitaire de notre corps. Nous sommes un corps qui pense. Nous l’avons oublié. Ce n’est pas le cas d’autres cultures, notamment chinoise ou indienne. Le paradigme n’est plus à la compétition et à l’exclusion d’une approche au profit d’une autre, mais à l’intégration et à la coopération. Cela se vérifie dans tous les domaines de la civilisation. Les crises écologiques, économiques et sociologiques qui surgissent à l’horizon de ce troisième millénaire sont le résultat de notre positionnement en dehors et au-dessus de la nature, et de notre vision morcelée de la réalité. Il est temps de nous reconnecter à notre vraie nature, à la nature. Or, il n’y a d’évolution que dans la nécessité. De nos jours, la nécessité est devenue une urgence.

http://www.psychologies.com/Bien-etre/Medecines-douces/Se-soigner-autrement/Interviews/Thierry-Janssen-Il-est-urgent-que-toutes-les-medecines-cooperent

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